Photographier à l’heure bleue

Cet article est la réactualisation du tutoriel « Photographier à l’heure bleue » publié sur mon précédent blog: texte enrichi, nouvelles photos, et de nouveaux articles complémentaires liés.

L’heure bleue… J’en parle souvent, et depuis deux ans, je l’apprivoise par petites touches, surtout en hiver. Il est grand temps de faire le point sur cette heure bleue: qui est-elle donc? Comment la photographier? Quels sujets photographier?

 C’est quoi, cette «heure bleue» ?

Arbre à l'heure bleue

L’heure bleue est un instant précis de la journée: un bref instant entre nuit et jour, où le ciel devient bleu foncé. N’avez-vous jamais remarqué qu’une fois le soleil avalé par l’horizon, le ciel se teintait parfois d’un bleu outremer d’une profondeur incroyable? C’est ça, l’heure bleue. Cet instant magique où le ciel hésite entre noir et bleu, où le jour rechigne à laisser la place à la nuit, et célébré par les artistes depuis la nuit des temps (voir les liens plus bas).

La magie de l’heure bleue:

Pas si magique que ça, l’heure bleue, en réalité. Il s’agit d’un phénomène physique appelé diffusion Rayleigh: une colorisation particulière du ciel produite par diffusion de la lumière solaire par l’atmosphère.

Cet étrange moment outremer ne dure en réalité pas une heure. Selon les saisons, l’heure bleue dure entre 20 et 45 minute. La couleur du ciel sera plus ou moins intense selon la saison (plus belle au printemps ou en automne qu’en hiver ou qu’en été). D’autres facteurs font varier l’intensité de la couleur du ciel : l’altitude (le bleu sera plus profond en haute altitude), la densité de l’atmosphère (comme pour un coucher de soleil, le degré d’humidité ou la présence de poussières dans l’air modifient la couleur du ciel).

A quelle heure le ciel est-il bleu foncé?

Ce phénomène se produit deux fois par jour, à l’aube et au crépuscule, entre la nuit et le jour, alors que le soleil n’est pas encore/plus là. L’heure bleue est aussi fugace qu’un coucher de soleil, mais elle possède un gros avantage pour le photographe ou tout simplement pour le promeneur contemplatif: elle connait quelques variations de teinte et d’intensité, mais globalement, elle sera toujours là, prête à nous baigner de sa lumière si particulière. Alors que vous l’avez sans doute constaté: il est très difficile d’anticiper sur le spectacle d’un coucher de soleil. Des conditions très prometteuses se transforment sans explications en soupe incolore, et des explosions de couleurs surviennent alors que l’on n’y croyait pas. L’heure bleue est donc beaucoup plus prévisible.

Pour connaitre à quelle heure exactement débutera ce phénomène, il existe un moyen très simple: rendez-vous dans le site: bluehoursite.com. Il vous suffit de rentrer vos coordonnées géographiques, et vous obtenez les heures de début et de fin de l’heure bleue. On peut difficilement rêver plus simple, non?

Comment photographier à l’heure bleue?

Néons et ciel bleuL’heure bleue étant éphémère, il vous faudra préparer soigneusement votre sortie photo, en ville comme à la campagne: repérage des lieux, si possible des sujets potentiels. Si vous optez pour des photos en pose longue, vous aurez besoin du trépied. Les photographes du soir pourront tranquillement préparer leurs images à la lumière du jour (réglage de l’apn, cadrage, composition), puis attendre que le ciel devienne bleu intense pour appuyer sur le déclencheur. En hiver, les journées sont courtes, et l’on peut ainsi facilement profiter de l’heure bleue du matin puis du soir.

Photographier dans l’émotion

L’heure bleue est vraiment un moment magique! Un instant où le monde se colore de façon irréelle. En photo, il y a les grands classiques de l’heure bleue (la photo d’architecture au grand angle, par exemple). Mais c’est un moment qui génère une telle émotion que c’est aussi l’occasion pour le photographe de travailler à une photo plus personnelle, plus introspective, qui exprime sa propre émotion: s’ouvrir à ce monde étrangement coloré, plutôt que de tenter de reproduire une photo vue ailleurs. Car selon l’endroit, le jour, ou tout simplement notre humeur, l’heure bleue nimbe le monde d’une atmosphère changeante: elle sera parfois aussi apaisante qu’une brise nocturne parfumée de roses et de chèvrefeuille un soir d’été. D’autres soirs, elle donnera vie à des silhouettes sombres qui sembleront guetter le promeneur solitaire au détour d’une rue ou d’une forêt. Alors, avant de se précipiter sur son boîtier, prenons le temps d’humer le fond de l’air, de sentir la poésie qui s’en dégage, de s’imprégner pour mieux laisser parler nos émotions.

La photo à l’heure bleue sous tous les mes angles…

… Car les séries ci-dessous sont une illustration subjective de la photo à l’heure bleue. Si elle se prête très bien à l’utilisation d’un grand angle, en particulier en photo urbaine, j’ai personnellement du mal à utiliser autre chose que mon 50 mm… A chacun ses objectifs et son univers 😉

  • Classique: bâtiments et éclairage urbain

Voilà une exploitation de l’heure bleue classique, et une fois que vous aurez goûté à la photo de bâtiments à l’heure bleue, vous verrez: il devient très difficile de réaliser des photos prises en plein jour ou en pleine nuit ;-).

Même dans des photos plus abstraites, comme ce jeu de reflets, l’heure bleue apporte de la profondeur et une touche d’étrangeté.

  • Néons urbains:

A l’heure bleue, les néons urbains s’expriment! Il y a les néons chauds qui rendent les lieux accueillants, et puis, il y a les néons froids, qui parent la ville d’un vide et d’un sentiment de malaise, de solitude, que l’on retrouve dans certains tableaux d’Edward Hopper, par exemple.

  • Nuit de Noël

L’heure bleue en ville, trouvera matière à scintiller au gré des décorations de Noël. De la photo d’illumination au filé en passant par l’exploitation des flares (cercles de lumière), tout est possible!

  • Une petite route de campagne de nuit

A la tombée de la nuit, l’heure bleue découpe les silhouettes graphiques en dentelles sombres sur fond de ciel outremer, dramatisant l’ordinaire. L’inclusion de la lune, ou d’un point lumineux (lampadaire) donne de la profondeur à l’image, et renforce le sentiment que l’obscurité gagne peu à peu sur la lumière.

  • L’heure bleue en photo nature:

En photo nature, plusieurs approches de l’heure bleue sont possibles, à commencer par le thème souvent décliné de l’arbre d’hiver.

Ci-dessus, 4 exemples très différents de l’exploitation de l’heure bleue en photo nature: c’est là que se magnifie un phénomène météo comme le verglas (photo prise dans un jardin, la couleur jaune de l’arbuste est dûe à l’éclairage arrière par un réverbère). Un simple arbre nu devient vivant. On peut également tenter une approche macro de l’heure bleue, comme dans la photo de chatons. Dans la dernière photo, j’ai exploité conjointement l’heure bleue et la lumière blanche de la lune, qui crée le cercle.

  • La nature de Mon heure bleue à moi…

Mon approche de l’heure bleue en photo nature oscille entre symbolisme, abstraction et expressionnisme. En recherchant des oeuvres pour illustrer l’heure bleue dans la peinture, je me suis surprise à retrouver un peu de « mon » heure bleue au travers des tableaux qui retenaient mon attention.

A suivre très bientôt des associations entre mes photos du moment et certaines oeuvres ou certains mouvements picturaux qui m’inspirent.

Quelques conseils pour conclure?

La photo à l’heure bleue réclame souvent de monter en ISO, ou de réaliser des poses lentes: deux situations propices à la multiplication du bruit en particulier dans les ombres. Pour conserver une qualité de fichier optimale, mieux vaut travailler en raw, et prendre des photos peu contrastées et plus claires que ce que vous souhaitez. Vous rectifierez le contraste et la luminosité en post-traitement. Pensez à utiliser la molette de sur-exposition/sous-exposition, en vous appuyant sur l’observation des courbes sur l’écran arrière de votre APN (de nuit ou presque, difficile d’évaluer sur un écran arrière l’exposition d’une image. Les courbes sont beaucoup plus fiables).

Et si vous voulez en savoir plus, demandez donc au merle! C’est sans doute lui qui la connait le mieux, cette fameuse heure bleue: chaque matin, il est le premier levé et s’en va babiller gaiement perché sur le vieux poirier du jardin, annonçant à qui veut l’écouter qu’il faut vite regarder par la fenêtre: car l’heure bleue est arrivée! Et chaque soir, rebelote! On re-flûte, on re-babille, on sifflote à tout vent pour retenir quelques instants encore ce rideau outremer, dernier rempart avant la nuit noire.

L’heure bleue à travers les arts:

L’heure bleue: d’autres photos

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